Dans la rue de la Boucherie 



La rue

      La rue de la Boucherie est un peu notre rue : l'ancienne ''rue Torte'' a connu, depuis le XIIIe siècle et jusqu'à la seconde moitié du XXe, l'activité de nos ancêtres bouchers : les six familles traditionnelles - Cibot, Juge, Malinvaud, Parot Plainemaison et Pouret - y vivaient, y priaient et y travaillaient.

      Le quartier de la Boucherie est bien délimité : les rues Gondinet et Lansecot au Nord, la place des Bancs à l'Est, les place du Poids-Public et rue Vigne-de-Fer au Sud, les anciens remparts du Château de Limoges, formant une coupure forte avec les inesthétiques et trop visibles immeubles du boulevard Gambetta à l'Ouest.
 
      La rue présente une pente importante. Elle dévale, depuis les halles centrales, place de la Motte, jusqu'à la place du Poids-Public, en formant un angle à gauche ; là où prend la rue du Canal descendant quant à elle vers la rue Vigne-de-Fer.



      Les trottoirs étroits et les pavés mal joints actuels ne restituent qu'imparfaitement l'aspect ancien de cette rue. Un ruisseau, connu au moyen âge comme le "ru Tort", coulait autrefois en son milieu. 
 
      Plusieurs maisons ont gardé leurs devantures de boucheries, même si les commerces ont changé : on remarque notamment des ''crocs'' et autres ''dents-de-loup''. Les colombages ont été, depuis les années 1970, restaurés. Plusieurs statues de saints garnissent des niches tout au long de la rue.
 

      Au n° 36 se trouve la Maison Traditionnelle de la Boucherie (ci-dessous), dans laquelle une salle évoque la vie religieuse des bouchers et notre confrérie.

      Une place est formée par la rencontre des rues Saint-Aurélien, du Canal et de la Boucherie. Au centre se dresse, sur un piedestal en pierres de taille, une statue en bronze représentant la Vierge de pitié.


 
       Un côté de la place est formé par notre chapelle avec la Croix des Carmes.
 
      Plusieurs ruelles s'ouvrent sur la rue de la Boucherie : Huchette, Pierre-au-Bois et Saint-Aurélien à droite, Chaigneaud et Charreyron à gauche. La rue Huchette permet de gagner directement la place de la Bareyrette (desservie, moins directement, par plusieurs autres ruelles) ; celle-ci a été agréablement aménagée autour d'une pergola et d'un rocher, symbolisant l'ancienne Pierre-au-Bois depuis longtemps disparue.
 

       Dans la rue Saint-Aurélien, allez jeter un coup d'oeil à l'étonnante et jolie maison penchée (toujours habitée !) qui se donne des airs de tour de Pise.
 

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      La rue de la Boucherie est un des plus importants sites touristiques de Limoges. Car c'est un petit quartier unique : le visiteur apprécie son caractère médiéval bien conservé, la marque d'une profession très particulière, la présence religieuse et, plus encore, la trace de la survie de traditions plusieurs fois séculaires : tout cela créé une atmosphère pittoresque et attachante.


La piéta

       Au centre de la petite place devant notre chapelle se dresse, sur un socle en pierres de taille, une piéta devant la croix. Cet ensemble a une histoire assez mouvementée.

       Il y avait à cet emplacement, dès le XVIIIe siècle et probablement déjà bien avant, une croix de carrefour, comme on en trouve tant, et comme il y en avait tant à Limoges avant la Révolution.

      En 1864, un grand incendie anéantit tout le quartier entre les places d'Aine et de la Motte, épargnant le quartier de la Boucherie. Est-ce en ex voto pour cette préservation que les dames bouchères décidèrent d'installer une grande statue de leur patronne, la Vierge de pitié ? En l'absence de documents, on ne sait. Mais la statue fut bénite par Mgr Fruchaud, évêque de Limoges, le lundi après les Rameaux de 1869.
 
     C'est alors une statue de terre cuite, peinte en blanc, représentant la mère de Dieu pleurant son fils mort, étendu sur ses genoux. Derrière le groupe se dresse la croix nue.

     En 1883, l'opposition entre l'Eglise et la République se durcit. Le maire de Limoges, qui a interdit, trois ans auparavant, les processions dans les rues, demande aux bouchers de rentrer dans leur chapelle la statue de la Vierge et la croix des Carmes. Les bouchers refusent : "le groupe de Notre-Dame-de-Pitié est trop volumineux, il encombrerait notre église déjà trop petite... Nous sommes tous décidés à conserver nos emblèmes religieux et, si on veut nous les enlever, nous les défendrons par tous les moyens". L'affaire en reste là. 


 
       Lors des émeutes ouvrières d'avril 1905, plusieurs statues religieuses de la ville sont vandalisées. Les bouchers décident de monter la garde en permanence, depuis leurs boutiques. Bien leur en prend ! Une premier attaque, de jour, se heurte à la population de la rue, outils de travail en main : les intrus n'insistent pas. Puis, une nuit, un émeutier tente un raid solitaire contre la Vierge, mais les fidèles chiens de bouchers suffisent à dissuader l'audacieux.
 
       Il n'en va pas ainsi, malheureusement, dans la nuit du 8 au 9 novembre 1996. Un ou plusieurs vandales, sans doute ivres, réussissent à pousser la statue à terre, où elle se fracasse : qu'y ont-ils gagné ? Au matin, la rue est en émoi.

      Très vite, la décision de réparer l'oeuvre d'art est prise. Des élèves décorateurs et modeleurs de l'ASFO entreprennent le difficile travail de reconstituer le puzzle géant. Bravo et merci à eux !  
 
       Gràce à la mobilisation des habitants du quartier et de la confrérie, l'argent nécessaire est rapidement réuni et la rénovation est un succès : la statue revient sur son socle. Mais il apparait bien vite que les écarts de températures font désormais dangereusement souffrir l'oeuvre, trop fragilisée.

      Il est alors décidé de réaliser une nouvelle statue, en bronze, et non plus en terre cuite. La mobilisation de tous joue à nouveau : quelques mois plus tard, la copie conforme de la statue du XIXe siècle prend place sur le socle. 

      L'ancienne statue de terre cuite, conservée par la confrérie, est mise à l'abri.
       
      En octobre 2009, un accident permet la découverte de la ''première pierre'' du socle de la statue : un tube en plomb renfermant des objets de piété, des monnaie, un exemplaire de ''la Semaine religieuse de Limoges'' et un parchemin portant les noms des bouchers auyant participé à une souscription.


       Aujourd'hui, sur le socle en pierres de taille trone la statue de bronze de la Vierge portant sur ses genoux Jésus mort. Derrière, la croix porte seulement l'écriteau traditionnel INRI. Une grille métallique ouvragée protège l'ensemble : à la belle saison, des bacs à fleurs y sont accrochés. Enfin, dernier détail, devant le socle se remarque une ancienne borne fontaine.  


La Maison Traditionnelle de la Boucherie

     La Maison traditionnelle de la Boucherie a été ouverte en 1988 grâce à un partenariat de la confrérie avec la Ville de Limoges et l'association Renaissance du Vieux Limoges. Installée au 36 rue de la Boucherie, elle présente la vie et le métier des bouchers de Limoges, depuis le moyen-âge.

      Le visiteur parcourt successivement :
* au rez-de-chaussée,
      la boutique, avec l'étal, le billot, le comptoir, la cheminée (où l'on préparait les triperies), la glacière et les divers crochets, 
      la cuisine,
      la resserre
      et l'écurie-tuerie, où les animaux furent tués jusqu'en 1832 (ouverture de l'abattoir de Limoges).
 
* dans les étages,
      la salle des outils, présentant des objets du métier
(''feuilles'', ''couperets'', balances romaines, etc.) et des vues de la rue de la Boucherie autrefois,
      la chambre des parents, fidèlement reconstituée,
      la salle de la confrérie (ci-dessous), 
      et la salle évoquant les traditions spécifiques à la Boucherie limougeaude ;

* enfin,
      le galetas, grenier largement ventilé pour servir de séchoir pour les peaux des animaux abattus.
 
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      Une salle est consacrée à la vie religieuse des bouchers : culte à saint Aurélien, chapelle, ostensions, etc. Elle a été conçue autour de la confrérie et par des dépôts de la confrérie.
 
      On y remarque, entre autres objets : 
*  un impressionnant mannequin grandeur nature de pénitent feuille morte,
*  un confessionnal mobile,
*  un prie-Dieu ayant appartenu à François Cibot, fils de boucher, ancien curé de Saint-Vaury,
*  diverses oeuvres représentant notre saint patron,
*  entre les deux fenêtres, une très grande lithographie du Christ en croix
*  les statues de saint Jean l'évangéliste et sainte Catherine, autrefois sur la façade de la chapelle Saint-Aurélien, 
*  de très nombreux objets de piété : bible, documents, chandeliers de la chapelle, etc.

 
      La Maison est ouverte à la visite durant tout l'été, du 15 juin au 15 septembre (visites guidées gratuites). Le reste de l'année, des visites guidées sont organisées par l'Office de Tourisme de Limoges.


Dans la rue