Les six familles traditionnelles


 
 
Le poids des Cibot

       La plus ancienne mention d'un Cibot remonte à 1362, avec Guillaume Cibot. C'est, sans conteste, la famille bouchère la plus importante, tant par sa durée attestée au fil du temps que par le nombre de ses membres connus dans l'histoire ou que son poids économique et social à Limoges.
 
       Au cours des siècles, nombre de ses représentants furent investis de postes importants dans la vie locale : consuls, etc. Une branche devint, au XVIIe siècle, seigneur du village de Naugeat, aux portes de Limoges, puis des Rieu.

 
      Les armoiries de cette famille figurent sous deux variantes dans la chapelle saint-Aurélien : une fois sur la façade et une autre sur la clé de voute de la travée de l'entrée. 
> Le premier blason porte un chevron, avec la lettre C (pour Cibot) peut-être entrelacé avec un I (ou J pour Jean) en pointe et deux "coupes de calices" en chef.
> Le second est traditionnellement décrit comme "trois coupes de calice, deux et un".
 

       Il s'agit en fait, sur les deux écus, de ciboires sans pied, ce qui se traduit, avec un jeu de mot fréquent en héraldique ("armes parlantes"), par des cibo-ires incomplets, donc Cibo(t).
 
      Cette famille a été illustrée plus particulièrement par le savant et missionnaire Pierre Martial Cibot. Né en 1727 dans le rue Torte, de parents bouchers, il devint jésuite à 17 ans. Il partit en 1758 pour la Chine, où il fut mathématicien de la Cour impériale. Il publia plusieurs ouvrages et notamment, à partir de 1776, avec d'autres missionnaires de la Compagnie de Jésus, des ''Mémoires concernant l'histoire, les moeurs, les arts, etc. des Chinois'' qui sont toujours une source importante de renseignements sur l'Empire du Milieu. Il s'intéressa particulièrement à l'histoire, à l'astronomie et à la végétation de ce pays. Il mourut à Pékin en 1781.
 
      En 1693, Jeannette Cibot était "fille dévote". On appelait ainsi à Limoges les femmes qui se consacraient à Dieu sans prononcer de voeux solennels ni entrer dans un couvent. Jacques Cibot fut carme au couvent des Arènes à Limoges au 17e siècle. A la même époque, Léonard Cibot était prêtre de Bersac (Haute-Vienne). Martial Cibot entra dans l'ordre des récollets en 1680.
 
      Un autre Martial Cibot fut curé de Saint-Martin-le-Vieux près d'Aixe-sur-Vienne, puis de Saint-Maurice en la Cité de Limoges au 18e siècle. Vers la même période, Léonarde-Rose Cibot était religieuse dans notre ville. Joseph Cibot fut vicaire de la paroisse de Saint-Sylvestre, près d'Ambazac, avant 1789. Il subit l'exil en Espagne pendant les persécutions antireligieuses révolutionnaires. Revenu dans sa ville natale, il mourut en 1809 en soignant à l'hôpital des prisonniers espagnols malades du choléra.
 
       François Cibot fut lui aussi prêtre : il desservit successivement Beaune-les-Mines et Berneuil en Haute-Vienne, puis Saint-Vaury en Creuse. Il a laissé un prie-Dieu fabriqué de ses mains, aujourd'hui présenté à la Maison Traditionnelle de la Boucherie. Il était de "la famille ses seize", puisque le 16e et dernier enfant de sa famille !

      Jeanne Cibot le Chantre fut clarisse à Périgueux sous le nom de soeur Saint-Nicolas ; lors de l'interdiction de congrégations, elle s'exila avec sa communauté ; elle mourut hors de France le 7 avril 1918. Léonard, dit Joseph, Cibot fut supérieur du petit séminaire du Dorat, en Haute-Vienne, puis curé de la paroisse Saint-Marie de Limoges, et chanoine. Il est décédé en 1944.


Juge 
 
      Le patronyme Juge apparait pour la première fois dans un document en 1575. Mais, en suivant la famille Farne, entre 1536 et 1639, on trouve de nombreuses mentions de surnoms Juge ; citons notamment :
> Martial Farne dit Juge, en 1536,

> Jaume Farne, dit Juge, en 1575, 
> Mathieu Farne, dit Juge, en 1597, et, la même année, Jean Juge, dit Farne,
> Jean Farne, dit Juge, l'aîné, en 1639.
Les deux lignées n'en forment donc très probablement qu'une seule.

      La famille Juge est peu représentée au sein de la boucherie limougeaude. Mais ses armoiries figurent en bonne place sur la façade de la chapelle Saint-Aurélien.

      Elles portent la balance de la justice ("armes parlantes"), et, au dessus, une inscription : on lit I.IVGE c'est à dire (I = J et V = U) J(ean ?) Juge.


Malinvaud
 
      C'est en 1561 qu'un boucher nommé Malinvaud est pour la première fois cité à Limoges : il s'agit de Louis Cibot, et ses fils Mathieu, Pierre et Albert ; tous les quatre sont surnommés Malinvaud ou le Jalat ; les descendants de Mathieu conserveront le nom de Cibot, mais ceux de Pierre et Albert adopteront le nom de famille Malinvaud. Comme ce fut à plusieurs reprises le cas pour d'autres lignées de bouchers, le "chaffre" est devenu en quelques décennies le patronyme.
 
       Citons, parmi les principaux représentants de cette lignée, Jean-Baptiste Malinvaud dit Mantoue (23 septembre 1842 - 12 septembre 1912). Actif syndic de la confrérie, mécène pour la chapelle Saint-Aurélien, il fut élévé par le pape à la dignité de chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. Il a laissé une marque durable dans notre confrérie et dans la boucherie limougeaude.
 
      Il faut aussi mentionner Audouin Malinvaud dit le Petit Monsieur, qui préserva la relique de saint Aurélien durant les troubles de la Révolution, et Maurice Malinvaud, qui acheta la chapelle en agissant secrétement au nom de tous ses confrères bouchers.
 
       La famille Malinvaud donna deux religieuses à la congrégation de Marie-Joseph, en charge de la délicate mission de l'encadrement et du redressement des condamnées à de longues peines, dans les maisons centrales de détention ; Anna Malinvaud, dite mère Marguerite, fut supérieur de la communauté établie dans la prison de Fresnes ; Jeanne Malinvaud Chagrin portait en religion le nom de soeur Saint-Etienne. Trois soeurs furent religieuses à la fin du 18e siècle : Marie  et Valérie Malinvaud furent ursulines, Barbe fut visitandine. Marie Malinvaud était fille de la Charité de Saint-Vincent de Paul, sous le nom de soeur Anne-Marie. Constatons avec humour que cette religieuse mourut en 1969, dans une commune appelée... Athée ! (en Côte-d'Or, près d'Auxonne)
 
      Le père Xavier-Marie Malinvaud, de son prénom d'état-civil Joseph, était membre de cette famille. Il fut notre aumônier avant d'être nommé à Brive, puis, à son retour à Limoges et jusqu'à son décès, notre aumônier suppléant.
 
      Par contre, le célèbre aviateur limougeaud Fernand Malinvaud descend, aussi loin qu'on ait pu remonter, d'une famille homonyme, mais non bouchère ; il est vrai que ses aieuls paternels étaient tanneurs, une profession sous-traitante des bouchers. 

 
Parot
 
      1535 : le nom de Parot apparaît dans un document comme patronyme d'une famille bouchère de Limoges. Il s'agit de Martial Parot, fils de Jean ; or, en 1536, on trouve mention de Jean Reynaud, dit Parot. Plusieurs autres mentions, au XVIe siècle, de l'usage du''chaffre'' Parot dans la famille Reynaud font supposer que, peu à peu, le surnom est devenu patronyme à une époque où l'état-civil était dans les limbes. 
 
     Suzanne Parot fut religieuse de la congrégation du Sauveur, en Dordogne, à Terrasson, sous le nom de soeur Marie-Blanche. Elle est décédée en 1980.
 
     Jean Parot, grand père paternel de notre 3e syndic secrétaire (lui aussi nommé Jean Parot), a été chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. Cette distinction a été accordée par le pape Pie XI, sur proposition de l'évêque de Limoges, par acte fait à Castel-Gondolfo, résidence d'été des papes, le 7 août 1937. C'est, après Jean-Baptiste Malinvaud Mantoue, le second boucher de Limoges titulaire de cette prestigieuse décoration.
 
Plainemaison... ou Plenasmeyjoux
 
      Plenasmeyjoux est la forme limousine du nom Plainemaison. Un nom qui remonte, sous diverses graphies, au XIVe siècle : la plus ancienne mention est en effet de 1344, avec Guy Plenameyjous, puis, en 1405, Bernard Plenameyzos, en 1511 Grégoire Plenasmeygous, en 1680 Pierre Plenameyjoux.
 
      Trois frères Plainemaison ont été religieux au 19e siècle :
> l'un fut chanoine de la cathédrale de Limoges,
> le deuxième fut curé-doyen de Nieul, en Haute-Vienne,
> le troisième fut jésuite à Paris ; il participa à l'Oeuvre des Petits Savoyards, destinée à protéger les enfants de Tarentaise employés comme ramoneurs.
 

Pouret
 
      Le plus ancien représentant de cette lignée est signalé dans un acte de 1536. c'est dire que ce nom apparait presque simultanément avec celui des Parot (1535). 
 
      En fait, cette lignée provient de la famille Grégoire, le surnom de Pouret ayant progressivement été pris comme patronyme. En 1521, on trouve un Pierre Grégoire, dit Pouret, boucher, et en 1554 un Pierre Pouret, dit Grégoire, boucher : c'est sans doute un seul personnage.
 
      La famille Pouret a donné des enfants à l'Eglise : Martial Pouret fut vicaire à Felletin (Creuse) puis curé à Nedde (Haute-Vienne). Marie Pouret fut missionnaire de l'ordre de Notre-Dame-d'Afrique sous le nom de religion de soeur Catherine-de-Sienne. Elle mourut en Algérie. Une autre Marie Pouret fut visitandine sous le nom de soeur Marie-Agnès ; lors de l'interdiction des congrégations religieuses, elle partit en exil avec sa communauté en Belgique.

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Sur les Cibot et les Malinvaud, voir le livre de Louis de VASSON et autres, "Généalogies limousines et marchoises", t. VI, 1993.



Les six familles