Les grandes dates de la confrérie Saint-Aurélien
et de la corporation des bouchers de Limoges
 
 
 
930 Fondation de la corporation des bouchers. 
 
      Selon une tradition orale constante parmi les bouchers limougeauds, leur corporation aurait été fondée en cette année 930. Mais cette affirmation n'est appuyée par aucun document ni aucun indice. Rien, de plus, ne permet d'affirmer que des corporations de métiers existaient réellement à Limoges dès le Xe siècle.
 
 
1316 Reconnaissance des reliques de saint Aurélien par l'évêque Regnault de la Porte.
 
       "Anno Domini M° CCC° decimo quinto, XV° kalendis marcii, fuit revelatum corpus beati Aureliani per dominum Raynaldum, Lemovicensem episcopum, in ecclesia beati Cessatoris Lemovicensis" (l'an du Seigneur 1315 (en fait 1316, l'année commençant alors à Pâques), le 15 des calendes de mars (15 février) le corps de saint Aurélien fut relevé en l'église Saint-Cessateur de Limoges par Mgr Raynauld, évêque de Limoges) (extrait des chroniques de Saint-Martial de Limoges).
 
      "L'an 1315 fust relevé le corps de sainct Aurélien, 2e évesque de Lymoges, gisant en l'esglise Sainct-Cessateur hors les murs, par le susdict évesque Régnault, et ce le 15e febvrier" (extrait des Annales manuscrites de Limoges de 1638).
 
 
1411 Première mention de la confrérie.
 
      Un dossier intercalé dans le registre paroissial de Saint-Cessateur, pour un conflit de voisinage survenu en 1762 (voir ci-dessous), cite des pièces justificatives anciennes. L'une d'elles atteste de l'existence de notre confrérie en 1411 :
 
      "Un testament en datte du 25e novembre 1411 par lequel Emeric le Blanc, prêtre, donne aux bailles de la confrérie et aux confrères de St-Aurélien, pour qu'on luy fasse annuelement dans l'église de St-Cessateur un service pour le salut de son âme, onze sols de rente qu'il a et lève tous les ans sur une maison de Jean Choutard, située rue de la Peyre-au-Bois".
 
 
1471-1475 Construction de la chapelle Saint-Aurélien.
 
      L'acte de fondation de notre chapelle est précisément daté du 7 avril 1471. Il est formellement attesté à l'occasion d'un procès survenu en 1762 (voir ci-dessus) ; de plus, la confrérie en possède une transcription complète, avec traduction du latin en français, datant de 1827. Mais il y a des points qui font débat, d'autant qu'une tradition continue rapporte que notre chapelle aurait été édifiée à la place d'une chapelle Saint-Léonard ruinée ; mais aucun document historique ne mentionne cette dernière.
 
      Quelques chroniqueurs anciens rapportent que les travaux se seraient achevés en 1475. Une plaque en porcelaine (de Limoges, bien sûr), posée en 1975 dans la chapelle, près du bénitier, commémore cette dernière date.
 
      En tout état de cause, ce premier édifice était réduit aux trois travées de la nef actuelle.
 

1535 Accord avec le consulat de Limoges, réglementant l'exercice de la profession.
 
      Le lundi 15 septembre 1527, un officier du consulat du Château de Limoges constate que les bancs charniers de la ville ne sont pas fournis en viandes ; les consuls convoquent les bailes de la corporation pour leur rappeler leurs obligations. De là s'ensuit un très long procès comme la justice de cette époque pouvait en avoir le secret. Il se conclut finalement, le 1er janvier 1535, par un compromis qui établit la réglementation de la profession de boucher dans le Château de Limoges jusqu'à la Révolution.
 
      Voici les principales dispositions de cet accord :
  > les fils légitimes de bouchers et les veuves de bouchers non remariées sont libres d'exercer le métier de boucher.
  > le contrôle sanitaire et professionnel sur les produits vendus sera exercé concurremment par les bailes de la corporation et les consuls du Château.
  > Les conditions d'approvisionnement du marché sont précisées : arrivée des animaux vivants, abattage, régularité des approvisionnements, vente aux bancs charniers, informations à la clientèle, etc.
  > Les bouchers ont le monopole de l'abattage et de la vente du gros bétail ; en contrepartie, en cas de manquement, les consuls pourront désigner de nouveaux bouchers.
  > Chaque année, lors du serment des bailes des bouchers nouvellement élus, devant les consuls, ces derniers pourront prendre tous renseignements utiles sur le fonctionnement de la Boucherie
 
 
1647-1652 Importants travaux à la chapelle.
 
      La période 1647-1652 voit la transformation de la chapelle dans le goût du temps. C'est tout d'abord le curé de la paroisse Saint-Cessateur, l'abbé Goudin, qui fait agrandir le lieu de culte par un choeur. Le projet, engagé dès 1645, se réalise deux ans plus tard. Un retable baroque, celui que l'on peut toujours admirer, y est installé en 1682.   
 
      Puis c'est la façade qui est concernée par les travaux. Elle est percée d'une porte et d'une baie, l'une et l'autre plus petites que celles que l'on voit actuellement. Le sommet est orné d'une accolade de pierres. Les bailes fabriciens de la confrérie auteurs de ces réalisations, sans doute J. Cibot et J. Juge, font mettre leurs blasons sur la façade. Un nouveau clocher vient dominer cette façade en 1683 : c'est celui qui existe toujours.
 
 
an III Achat de la chapelle
 
      La révolution confisque les propriétés de l'Eglise au titre des ''biens nationaux'', et les met en vente aux enchères. La chapelle de Saint-Aurélien, dépendance de la paroisse dissoute de Saint-Cessateur, est proposée à l'encan le 11 germinal de l'an III (22 avril 1795).
Le procès-verbal dressé le jour même par l'administration révolutionnaire donne la liste de tous les enchérisseurs et leur prix ; ce document montre que, étrangement, seuls des bouchers de Limoges se portèrent enchérisseurs. Ce sont Maurice Malinvaud qui acquit la chapelle, pour 3.500 livres, et Barthélémy Cibot, la sacristie et les autres dépendances moyennant 1.200 livres.
 
    Les bouchers venaient de duper l'administration révolutionnaire : le feu apparent des enchères (la chapelle était montée de 2.000 à 3.500 livres) dissimulait l'entente des bouchers. Les adjudicataires avaient agi au nom de tous les autres, comme un acte notarié, quelques années plus tard, allait le révéler.
 
 
an VI La chapelle, bien commun des bouchers.
 
      Le 11 thermidor de l'an VI (3 juillet 1798), les deux adjudicataires de la chapelle déclarent devant maître Thoumas, notaire à Limoges, qu'au moment de la vente aux enchères, "ils agissaient tant en leur nom propre et privé que pour et au nom des autres marchands bouchers... que cependant, lors de l'adjudication, ils oublièrent d'en faire la déclaration". On peut douter que cet oubli ait été involontaire ! Moyennant laquelle déclaration, la chapelle est déclarée par acte authentique propriété indivise des bouchers de Limoges, aujourd'hui représentés par la confrérie de Saint-Aurélien.
 
 
1827 Organisation de l'entretien de la chapelle.
 
      Le 27 mai 1827, en l'étude de Me Baju, notaire à Limoges, se présentent les bouchers de la ville, en compagnie de Barthélémy Cibot et Barbe Malinvaud, veuve de Maurice Malinvaud, les deux adjudicataires de la chapelle et ses dépendances. Ces derniers confirment que la chapelle a bien été acquise pour et au nom des autres bouchers. Ceux-ci organisent alors par acte authentique l'entretien de leur bien commun : chacun versera une cotisation de 0,50 francs chaque dimanche, plus une contribution proportionnelle au nombre et à l'espèce des animaux abattus
 
 
1880 Interdiction des processions.
 
      Le 7 mai 1880, quelques jours avant la procession traditionnelle de Saint Aurélien, le maire de Limoges, Pénicaud, prend un arrêté dont l'article unique est ainsi rédigé :
"Les cérémonies extérieures au culte désignées sous le nom de processions sont interdites dans les rues et places publiques de la commune de Limoges".
Les bouchers de Limoges, premiers concernés par cette décision, tentent des démarches de protestation, toutes vaines. Ils font alors savoir qu'ils feront la procession interdite, et l'abbé Bouillaud, vicaire de l'église Saint-Pierre-du-Queyroix, desservant la chapelle, annonce son intention de la conduire.
 
      Le 16 mai 1880, la tension est grande dans le quartier de la Boucherie : les libres-penseurs ont envahi la rue, aux côtés des catholiques venus soutenir les bouchers. Une démarche du commissaire de police convainc l'abbé Bouillaud de ne pas risquer de sortir le précieux reliquaire de saint Aurélien au milieu d'une telle foule. Les bouchers font donc la procession sans la relique, et chacun peut crier victoire : la procession a eu lieu - ce n'est pas une procession, puisque la relique n'est pas sortie.
 
     Un ouvrier boucher de Limoges, catholique, Laroudie, écrivit le récit détaillé de cette affaire : quoique particulièrement partial et engagé, son ouvrage constitue un témoignage précieux.      
 

1887 Nouveaux statuts de la confrérie - Pélerinage à Rome - Création du Cercle Saint-Aurélien
      
      Par acte établi par maître Delouis, notaire à Limoges, en date des 23, 28, 31 août, 20, 25, 30 septembre, 7 et 8 octobre 1887, la confrérie établit son "réglement d'association civile". L'acte est signé par tous les bouchers de Limoges, quelques-uns en l'étude, la plupart à leur domicile. L'article 1er de ces statuts est ainsi conçu : "les comparants établissent entre eux et pour leurs descendants un réglement d'association civile à l'effet d'entretenir en bon état la chapelle de Saint-Aurélien sise à Limoges, place Saint-Aurélien. Cette association portera le nom de confrérie de Saint-Aurélien". Les 14 articles qui suivent réglent les principales questions de fonctionnement ; signalons seulement l'article 7 : "pour les fêtes de Quasimodo et de Saint-Aurélien, chaque confrère sera tenu d'assister aux processions. La maison de chaque confrère devra y être représentée par au moins un de ses membres".
  
 
      Du 12 au 22 octobre 1887, une délégation des bouchers de Limoges est à Rome, à l'occasion du jubilé pontifical. Ce voyage est marqué par une audience du pape Léon XIII : le comte Alvbert de Mun (1841-1914) présente la confrérie au Saint Père, en vantant l'attachement de celle-ci envers les valeurs chrétiennes. 
 
      La date de ce pélerinage figure toujours sur le drapeau de la confrérie ; et des objets en perpétuent le souvenir : dans la salle de réunion, l'image du jubilé, et à l'entrée de notre chapelle, la petite statue de saint Pierre trônant.

   En 1887 toujours, les bouchers décident de créer à leur usage un cercle catholique ; celui-ci s'inscrit dans l'Oeuvre des Cercles Ouvriers Catholiques fondée par le député catholique Albert de Mun (ci-dessus). Le cercle Saint-Aurélien est construit non loin de la rue de la Boucherie, sur un terrain loué à l'établissement d'enseignement privé
des Filles de Notre-Dame (actuelle institution Beaupeyrat, dans sa partie ouvrant rue Dupuytren). Il comprend une salle de spectacles et un café billard. Il est inauguré le mardi 28 mai 1888 (Albert de Mun, invité mais souffrant, s'était fait représenter). Le premier président du Cercle est Henri Pouret.
 
 
1905 Les bouchers défendent leurs symboles religieux.
 
      Avril 1905, la population ouvrière limougeaude vit une grève très dure, qui bascule peu à peu dans l'émeute : dégradations diverses, pillage d'une armurerie, barricades... La troupe, appelée pour ramener l'ordre, tire, faisant plusieurs blessés et un mort, Camille Vardelle. Dans ce contexte troublé, plusieurs monuments religieux sont détruits, le plus important étant un calvaire situé avenue Baudin.
 
      Les bouchers, inquiets pour la grande statue de Notre-Dame-de-Pitié
, décident de monter la garde jour et nuit. Un premier assaut d'un groupe d'émeutiers, de jour, est stoppé net par l'intervention des bouchers. Peu après, de nuit, un inconscient tente, tout seul, de s'en prendre à la statue ; le lacher des chiens de bouchers, de solides briards, suscite sa peu glorieuse déroute. Le calme revient à partir de ce moment dans le quartier de la Boucherie. 
 
1930 Fête du millénaire de la corporation.
 
      Le samedi 25 octobre 1930, la rue de la Boucherie se pare de ses habits de fêtes : guirlandes d'une façade à l'autre, feuillages aux devantures, tentures vertes et blanches. Le lendemain, 26 octobre, la confrérie de Messieurs les Bouchers de Limoges fêtait solennellement le millénaire de la corporation.
 
      Une messe matutinale était d'abord célébrée en la chapelle Saint-Aurélien, avec garde d'honneur à la précieuse relique. A 10h, la grand'messe en l'église Saint-Pierre-du-Queyroix, paroisse de la rue de la Boucherie, était présidée par plusieurs évêques du Centre-Ouest. Durant cet office était chanté pour la première fois le cantique ''Tes fils vaillants''. Puis, vêpres à 15h. En soirée, enfin, un banquet réunissait bouchers, membres du clergé et représentants des autres confréries de Limoges. 
 
 
2009 Entrée des femmes dans la confrérie.
 
      C'est en février 2009 que la ''confrérie de Messieurs les Bouchers de Limoges'' est devenue mixte. Le projet avait été lancé par notre actuel président d'honneur, alors président, M Etienne Cibot. Il y eut de longues discussions au sein du conseil de la confrérie. Un sondage auprès des adhérents révéla une écrasante majorité d'opinions favorables. Les statuts furent donc modifiés et les premières femmes firent leur entrée : mais la modernité pouvant se lier à la tradition, la plupart d'entre elles avaient noms Cibot, Juge, Malinvaud, Parot, Plainemaison et Pouret. Enfin, après discussion, le titre de ''confrères'' fut préféré pour elles à celui de ''consoeurs''.



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